Des infirmières de Montréal se joignent au mouvement en faveur d’un système de santé respectueux de l’environnement
Par Fiona Hanley
À l’approche du Jour de la Terre, vous vous demandez peut-être ce qui lie les infirmières à l’environnement. Comme enseignante en soins infirmiers au collège Dawson, je vous répondrai : tout! Peu importe la forme qu’elles prennent, les pratiques des infirmières sont inexorablement liés à l’environnement. C’est ce qui explique que bon nombre d’entre elles aient décidé de réagir en se joignant au mouvement en faveur d’un système de santé respectueux de l’environnement.
Femme d’un courage et d’une perspicacité extraordinaires, Florence Nightingale a compris qu’il était impératif que ses patients aient accès à de l’eau fraîche, à des aliments de qualité, à un air sain et à la lumière du jour, des critères fondamentaux qui sont pourtant souvent négligés dans notre système de santé moderne et hautement technologique. La philosophie de Florence Nightingale est au cœur du mouvement en faveur d’un système de santé respectueux de l’environnement.
Il est paradoxal de constater que les infirmières s’emploient à promouvoir la santé et à prévenir les blessures, alors qu’elles travaillent dans un secteur qui contribue grandement à la pollution, laquelle cause de nombreux problèmes de santé. Dans un hôpital, on estime que le patient moyen produit environ 5 kilos et demi de déchets solides par jour (Environnement Canada, 2002). Nos établissements de santé consomment également d’énormes quantités d’énergie et produisent de grandes quantités de polluants nocifs pour l’air et l’eau. On signale par ailleurs que l’incinération des déchets d’hôpitaux est la source d’émissions de dioxines et de furanes la plus importante au pays (Conseil canadien des ministres de l'environnement, 2007).
Je me suis jointe au mouvement en faveur d’un système de santé respectueux de l’environnement il y a plusieurs années. Je n’arrivais plus à supporter l’écart qui existait entre ce que j’essayais de faire chez moi pour réduire mon impact sur l’environnement et ce que je voyais en milieu hospitalier, où tout était jeté à la poubelle. Il était insensé pour moi d’essayer de suivre les principes des 3 R dans nos maisons et nos collectivités et de faire complètement abstraction de notre conscience environnementale dans les hôpitaux.
J’ai découvert que l’organisation Health Care without Harm (HCWH), qui a été fondée aux États-Unis, compte maintenant des groupes dans plus de 50 pays. J’ai tout de suite senti que mes idées cadraient avec la mission de l’organisation : encourager le secteur de la santé à cesser de polluer et respecter les principes des droits de la personne et de la justice sociale. Le groupe de travail des infirmières du HCWH a particulièrement attiré mon attention. Provenant de partout aux États-Unis, les infirmières qui le composent se réunissent lors de téléconférences régulières pour échanger des réflexions, des idées et de l’information à propos de mesures écologiques qu’elles instaurent dans leur milieu de travail. Certaines ont créé des équipes vertes, d’autres sensibilisent les étudiants et le public aux questions de santé environnementale, d’autres font toujours pression auprès des autorités politiques pour qu’elles apportent des changements.
En 2008, je me suis jointe au groupe de consultation sur l’environnement de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC). C’était excitant de découvrir qu’un si grand nombre d’infirmières étaient tout aussi passionnées que moi par la santé environnementale. En communiquant par Internet et par téléphone, nous avons mis en place une série de modules pour sensibiliser les infirmières de l’ensemble du pays à la santé environnementale dans leur pratique et pour les outiller. Il est possible de consulter les résultats sur le site Web de l’AIIC. On y met l’accent sur trois grandes catégories : l’écologisation du système de santé, les principes de la santé environnementale et les changements climatiques. Les documents de référence, les fichiers balados et les présentations PowerPoint offrent une information rigoureuse et proposent des moyens de réduire les expositions et de rendre la pratique des soins infirmiers moins dommageable pour l’environnement.
Une bonne partie de notre rôle comme infirmières est de préconiser le bien-être de nos patients et des collectivités. Les liens entre la détérioration de l’environnement et la santé sont de plus en plus clairs. Nous sommes tous contaminés par des produits chimiques et il est de notre responsabilité professionnelle de parler de l’importance de la prévention. Plus les citoyens seront informés, plus ils pourront poser des questions et réclamer des changements, en tant qu’utilisateurs du système de santé. Si les citoyens posent des questions sur l’attention que les hôpitaux et les cliniques portent à la réduction de leur empreinte écologique, on pourrait voir apparaître des changements plus rapidement.
À propos de l’auteure : Fiona Hanley enseigne les soins infirmiers au collège Dawson depuis 2001. Elle s’emploie activement à favoriser l’intégration de la santé environnementale à la pratique des infirmières. Elle fait partie du groupe de consultation sur l’environnement de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada.
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