Faire oeuvre de pionnier : apprendre à gérer une ferme biologique en coopérative

Texte traduit par Isabelle Sanchez

Vous êtes-vous déjà demandé d'où proviennent vos légumes ou comment se vit le travail au quotidien dans une ferme locale? Jessica Vihvelin, membre travailleur de la Coop La Maison Verte, est bien placée pour en parler, car elle en fait l'expérience concrète. Ce printemps, Jessica et trois de ses amis ont démarré une ferme biologique qui livrera des paniers ACS (Agriculture soutenue par la communauté) à 30 membres du réseau et à deux marchés de la vallée de l'Outaouais. Surveillez le bulletin Éco-logique pour lire ses articles et voir comment ses efforts se cultivent au quotidien!

Avril tire à sa fin

Après plusieurs mois de planification, beaucoup d'anticipation et un tourbillon d'activités pour préparer mon départ de la ville - travaux et examens remis, boîtes emballées et beaucoup d'au revoir bien sentis - j'ai fini par atterrir ici. Cet « ici » est une ferme, tout près de Cobden, une petite ville paisible nichée dans la magnifique vallée de l'Outaouais, à une heure au nord-ouest d'Ottawa. J'y suis avec trois amis très chers et cofermiers, et nous travaillons très fort pour démarrer la saison et rattraper le léger retard dû à la fin de l'année scolaire.

La plupart des membres de la Coop la Maison Verte sont déjà familiers avec le modèle de l'Agriculture soutenue par la communauté, qui permet de créer des liens entre les petits agriculteurs biologiques et les citadins qui cherchent à donner un visage aux fermiers dont les mains cultivent la nourriture qu'ils consomment. En payant à l'avance pour une saison entière de légumes frais, le consommateur donne à l'agriculteur les moyens financiers nécessaires au bon roulement de la ferme ainsi que la liberté de la gérer comme bon leur semble.

Nous travaillons tous les quatre de concert pour livrer nos produits biologiques à deux marchés agricoles ainsi qu'à 30 membres ASC. Nous sommes également déterminés à gérer la ferme en coopérative, chaque décision étant prise d'un commun accord. Nous croyons que les procédures et les décisions qui précèdent la production du produit final ont autant d'importance que notre succès en tant que producteurs de légumes biologiques.

Depuis notre arrivée, nous avons attaqué le travail en équipe de travail (et tenu d'innombrables réunions) et avons réussi à accomplir un grand nombre de tâches. En un après-midi, nous avons repiqué 5 000 plants d'oignon, et depuis nous avons ensemencé de nombreuses rangées de betteraves, carottes, pommes de terre et légumes verts. Nous avons également préparé des planches en prévision d'ensemencements ultérieurs, en utilisant notre tout nouveau motoculteur et en y consacrant beaucoup d'énergie.

Puisqu'il s'agit de la première année de notre entreprise coopérative, nous avons énormément de besogne à abattre afin de nous préparer à notre première récolte pour la mi-juin. Jusqu'à maintenant, nous avons nettoyé et aménagé de manière fonctionnelle notre espace de travail, situé dans le sous-sol de la grange (site d'une ancienne soue à cochons) bien qu'il reste les étagères et les tables à bâtir et à installer. Il y a une couche froide (une sorte de serre, mais non chauffée) fonctionnelle également, près du jardin. Et dans celui-ci, des plateaux de culture de laitues et de fleurs, tout juste semés, se trouvent sous de grands châssis aux panneaux de verre surdimensionnés (récupérés il y a des lunes dans une ancienne base militaire près d'ici). Ainsi, les semences seront réchauffées le jour et se refroidiront moins la nuit, dans cet environnement propice à la germination et à la croissance.

Bien que nous soyons emballés par ce que nous accomplissons et ce que nous créons ensemble, nous vivons néanmoins de nombreuses frustrations et situations stressantes. Formant une nouvelle équipe, nous aimerions que nos longues journées de travail (qui sont fort nombreuses) se vivent aussi harmonieusement que possible. Par exemple, nous sommes souvent frustrés de constater qu'une partie de la journée est consacrée à parler de ce qu'il y a à faire puis à se mettre d'accord sur le plan de match le plus efficace. Analyser la meilleure façon - en pesant tous les avantages et désavantages - d'installer une protection sur les rangs (une sorte de couverture en toile qui court le long des rangs pour protéger les jeunes plants du givre) peut facilement nous prendre une heure. Mais quand le soleil se couche et que les nuages de mouches noires font leur apparition, ces discussions sont-elles vraiment nécessaires pourvu que le travail se fasse, et efficacement?

Les jeunes pousses vertes émergent du sol argileux et notre première récolte qui arrive à la fin du mois. Je tiendrai les lecteurs de la Maison Verte au courant des progrès de notre ferme.

À la prochaine,
- Jessi


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