Texte traduit par Isabelle Sanchez

Vous êtes-vous déjà demandé d'où proviennent vos légumes ou comment se vit le travail au quotidien dans une ferme locale? Jessica Vihvelin, membre travailleur de la Coop La Maison Verte, est bien placée pour en parler, car elle en fait l'expérience concrète. Ce printemps, Jessica et trois de ses amis ont démarré une ferme biologique qui livrera des paniers ACS (Agriculture soutenue par la communauté) à 30 membres du réseau et à deux marchés de la vallée de l'Outaouais. Surveillez le bulletin Éco-logique pour lire ses articles et voir comment ses efforts se cultivent au quotidien! 

Fin de juin :

C'est samedi. Il pleut et le temps est humide. Mais contrairement à lorsque j'étais enfant -et aussi pendant une grande partie de ma vie- le martèlement de la pluie tombant sur la galerie et sur le toit me ravit secrètement en cette journée de weekend. La chaleur des derniers jours habite mon dos, un nouveau coup de soleil irradiant depuis mes épaules jusqu'à mes omoplates. Je me sens à la fois satisfaite et épuisée, ayant survécu à plusieurs journées de labeur intense.

Nous avons eu une semaine remplie de sarclage, de culture, de taillage, de ratissage, de préparation des planches et d'ensemencement. Le jardin a fière allure, surtout quand la couverture est retirée des rangs afin de pouvoir arracher les mauvaises herbes et que nous pouvons enfin apercevoir le feuillage qui serpente le long des rangs. Cela fait maintenant un mois que nous travaillons ensemble, et les oignons, betteraves, carottes, laitues, coriandre, bette et, depuis vendredi dernier, des poivrons et plants de tomate repiqués, sont solidement ancrés dans les rangs, confortables dans leurs couches. Ils ont l'air robuste et en santé, et bien que l'on prédise du beau temps, en partie chaud et pluvieux, je ne peux m'empêcher de craindre le gel.

La semaine dernière a été notre plus occupée jusqu'à ce jour. Elle a commencé avec une journée entière à travailler dans une pépinière près d'ici. C'est là que l'oncle de Kylah a démarré tous nos plants de tomates, poivrons et aubergines. Nous lui devons plusieurs heures de travail en échange de ces milliers (littéralement!) de plants. J'ai arraché les mauvaises herbes dans un lit de fraises, cueilli des tomates cerise dans la serre et arrosé les géraniums. C'est le retour au principe de base; troquer de la sueur pour nos petits plants.

Arracher les mauvaises herbes est un travail relativement facile. Le hic c'est de combiner à la fois précision et vitesse, et il arrive fréquemment qu'on arrache un plant en voulant sarcler trop rapidement. Cette semaine, nous nous sommes attaqués aux rangs d'oignon, betterave, carotte, laitue et bette à carde. C'est un boulot que j'affectionne particulièrement. J'avance sans hésiter, en sarclant tout d'abord pour enlever les petites herbes envahissantes; herbes grasses, pourpier, chiendent. Puis, je finis sur les genoux afin de mieux me rapprocher des plants et travailler plus délicatement avec mes mains. Il faut être proactif et s'attaquer aux mauvaises herbes dès que possible, sinon elles prolifèreront et nous serons aux prises, à la fin de la saison, avec plusieurs générations de mauvaises herbes. La tâche est beaucoup plus facile quand les pousses sont toutes petites et qu'elles sont faciles à arracher.

À la ferme, l'oncle de Kylah nous loue la terre et les espaces de travail en échange de labeur et de légumes. Robin et Zach se sont chargés de dégager une grande portion du jardin, qui, jusqu'à cette année, servait de pâturage au bétail, pendant que Kylah prépare d'autres clayettes de laitue. Je suis toujours épatée par la métamorphose : celle de pâturage à jardin. Chose certaine, celle-ci n'est jamais facile. Pour ma part, je n'ai jamais autant ratissé de ma vie. Pour tuer le gazon, nous avons couvert toute la surface avec un grand morceau de plastique noir, ce qui empêche le soleil -source de vie et de prolifération- de l'atteindre. C'est un procédé qui prend du temps. Quand nous avons retiré le plastique, Robin a cultivé puis passé le disque de charrue sur toute la surface. Puis, il a fallu ratisser pour se débarrasser de tout le vieux gazon sec et des racines.

Nous avons passé la deuxième moitié de la semaine à préparer la terre pour y planter les tomates et poivrons, et avons ressenti une profonde satisfaction à pouvoir sortir les plants de leurs contenants et de les voir enfin courir le long des rangs. Ils témoignent de notre progrès et de tous les efforts que nous y avons mis. Nous contemplons tous ces rangs de légumes qui s'étirent devant nous, et je crois que nous sommes tous remplis de confiance en envisageant le reste de la saison. Bien que ce soit un processus qui prenne du temps, nous commençons à concilier le besoin de parler des situations qui surviennent et de nos plans de match, avec les réalités du travail à accomplir et le besoin de mettre la main à la pâte le plus rapidement possible. C'est un accomplissement qui nous procure presqu'autant de satisfaction que de voir nos petits plants prendre racine et s'installer confortablement dans le jardin.

-Jessi 


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