Texte traduit par Isabelle Berthelot

Tous les écolos sont à l'affût des moyens pour contribuer à ralentir le réchauffement planétaire et utilisent la stratégie des trois R dans le plus grand nombre possible de facettes de leur vie. Malheureusement, dans l'environnement comme dans la vie, les choses peuvent être plus complexes que nous le croyons au départ. Est-ce que notre choix d'acheter des produits locaux ou réutilisables constitue toujours l'option la plus écologique? À partir de quel moment est-il plus judicieux pour l'environnement de réutiliser un objet comme un contenant en plastique plutôt que de se servir de son équivalent jetable? Comme au jeu, à partir de quel moment est-ce que ça risque de rapporter?

Lorsque l'école de mes enfants a annoncé la campagne « éco-lunch », je m'attendais à recevoir de l'information sur le bienfait d'utiliser des contenants en plastique réutilisables plutôt qu'une pellicule en plastique ou des sacs à sandwichs, et des thermos ou bouteilles en plastique plutôt que des boîtes à jus. Je l'ai effectivement reçue. J'ai considéré qu'il s'agissait là de bonnes idées pour réduire le gaspillage et le réchauffement planétaire. Ma femme, par contre, possède cette tendance qui la pousse à examiner tous les aspects d'une question. « Est-ce vraiment plus écologique de concevoir le goûter de cette façon? » me demande-t-elle. « Bien sûr » lui dis-je sans hésiter. « Et pourquoi donc? » insista-t-elle. J'ai alors dû lui répondre, comme je le fais trop souvent par un « je ne sais pas ». A priori, il semble tellement évident que le récupérable est un meilleur choix pour la terre que le jetable... Mais pourquoi?

J'ai lu un article dans le New Yorker du 25 février intitulé « Big Foot : The complexities of Going Green * ». Le journaliste Michael Specter y traite du sujet hautement épineux de la mesure des émissions de CO2. Specter suggère d'abord que toutes les formes de consommation de carbone dans nos vies, comme la nourriture, le transport, les vêtements, l'hébergement, etc., devraient revêtir une importance égale. Par exemple, la Nord-Américaine moyenne se targue de recycler, mais est-elle également prête à faire des concessions sur ses déplacements aériens?

Specter s'intéresse au mouvement « localivore » (aussi connu sous le nom de "hundred mile diet" -ou régime des 100 milles, dont les participants décident de ne consommer que des denrées produites localement) et soutient que de présumer que cette pratique est nécessairement plus écoénergétique que la consommation de produits expédiés relève de la pure naïveté. Il prétend que le produit local A, cultivé lentement au bas de la rue sur un sol épuisé avec cultures à bas rendement, puis cueilli à la main, peut provoquer un bilan CO2 plus important que le produit B importé, cultivé rapidement à l'étranger dans des champs densément cultivés, puis efficacement cueilli à la machine.

Consommer localement est pourtant bénéfique, dit-il, mais pas avec toutes les récoltes ni en toutes circonstances. Par exemple, une étude a démontré qu'à cause de la différence entre l'utilisation de CO2 pour le transport par voie maritime (barge) et celui par voie terrestre (camion), un amateur de vin de New York s'avère plus écologique en buvant des vins importés de France que des crus californiens.

Donc, au final, comment peut-on mesurer l'impact environnemental - le moment à partir duquel on risque de gagner - des produits réutilisables comparativement aux marchandises jetables? Ask Pablo , un blogue qui prétend « rendre les mesures de durabilité amusantes », a calculé qu'un buveur de café ou de thé utilisant une tasse en acier inoxydable va devoir la réutiliser 327 fois avant que l'impact de cet objet sur l'environnement ne soit moindre que celui de la tasse en polystyrène. J'ai utilisé des tasses en acier inoxydable pendant des années, en ai cassées, perdues et ai donc dû en racheter à plusieurs reprises. Avec les quatre tasses que j'ai usées au cours des ans, je dois être près du point d'équivalence mais l'exercice m'a permis de réfléchir à d'autres solutions supposément écologiques.

Si vous emballez votre goûter dans des contenants réutilisables, après combien d'utilisations est-ce que vous atteindrez le même impact environnemental qu'en vous servant de pellicules en plastique et de sacs à sandwichs ou à collations jetables? Le calcul demanderait de prendre en considération l'énergie utilisée lors de la fabrication et de l'expédition des contenants, la quantité d'eau et d'énergie nécessaires au nettoyage de celui qui est réutilisable, l'utilisation des terres de son emplacement dans le site d'enfouissement (où les plastiques jetables et réutilisables finissent par aboutir), et le nombre de fois qu'est utilisé chaque contenant.

Le moment exact auquel les contenants réutilisables deviennent vraiment plus écologiques est une figure difficilement saisissable, mais il serait intéressant de savoir s'il s'agit de cinq, cinquante ou cinq cents utilisations. Bien que la réduction d'emballages jetables sur les sites d'enfouissement soit louable en soi, comme pour tant de choses de la vie, il y a plus sur une empreinte de pas que la marque de la chaussure. S'il ne s'agit jamais d'un coup de dés environnemental que de réutiliser un objet que vous possédez déjà, acheter de nouveaux produits semi-réutilisables constitue peut-être un pari qu'il ne vaut pas la peine de prendre. J'attends vivement de nouvelles études calculant le point éco-gagnant pour tous nos biens nécessaires, dans l'espoir de pouvoir vivre pleinement le slogan, « Pensez localement, agissez globalement ».

Roger

*Big Foot : les complexités liées au mode de vie écologique


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